mercredi 9 février 2011

Cot Cot Codec

Dans la série "la mort la plus conne du monde", voici l'histoire d'un type qui se fait poignarder par un poulet. Ce poulet portait (pourquoi, on ne sait pas) un couteau sur la patte et, lors d'un combat de coqs, a malencontreusement ouvert la jambe de Jose Luis Ochoa, 35 ans, qui s'est vidé de son sang quelques heures après.

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vendredi 27 août 2010

Dont la seule place est en prison

En plus de l'été, qui n'est pas (en soi) une saison facile pour mes nerfs, il y a ce spectacle, hébété, irréel, des choses qui se passent aujourd'hui et ici. Les discours, les accents, les phrases répétées, l'insistance. Une rhétorique qui n'en est plus une, pas des mots mis en jolie forme mais des messages qui passent, des réalités, des choses concrètes, des actions, des vies concrètement malmenées pour cause d'origines, de modes de vie pas convenables. Des individus illégaux, repoussés au-delà des frontières, des miettes qui piquent trop les draps cachées sous le tapis.

Il y a toujours ce débat tarte à la crème : si tu as un pistolet sur la tempe, tu choisis quoi la liberté de mouvement ou la liberté de parole ? J'ai envie, là, de formules amphigouriques et de dire que dans ce pays qui n'est pas le mien, « nous » avons perdu les deux.

D'un côté, il y a tous ceux qu'on expulse et qu'on traque, les flics avec leurs gros pistolets qui t'arrêtent parce que tu es un criminel de la route (par exemple) et qui te plaquent, un pied sur ton dos, de peur que, peut-être, tu caches une 22 dans ton slip. Et où la bavure ne sera que légitime défense. Les mots, les phrases qui résonnent, mais quand même ouatés, dissimulés, parce que mon cerveau n'admet pas qu'ils y rentrent : « les dangers sociaux », les « individus socialement dangereux », les « nuisibles », les bons et les pas bons, droite gauche, devant debout avance un pas après l'autre, et ferme-la si tu ne veux pas qu'on en pouffe.

Car de l'autre il y a ceux qui s'amusent – et au final, comment leur en vouloir –, c'est tellement pathétique tout ça, c'est tellement sujet a priori (« avant et en dehors de l'expérience ») à la rigolade comme dernier moyen de survie. C'est léger, c'est français, youpi, ça passe, qu'on retrouve et qu'on châtie. Parce ce qu' « on » ne cherche plus ni ne juge : on retrouve et on châtie. On enfermera, on les mettra à leur place, on lui livrera une guerre sans merci à la menace des valeurs, sans permissivité, sans démission.

Des valeurs, je n'en ai pas. Comme des origines d'ailleurs (« ce n'est pas parce que tu es né dans une porcherie que tu es un cochon »), dans une famille réduite à ses portions congrues. Pas d'arbre généalogique attesté mais des rumeurs, des choses qui ne se demandent pas, là aussi, trop tant elles déclenchent l'hystérie, les sentiments qu'on garde à l'abri comme les tripes – et si ça sort ça fait tâche.

En grandissant, je rencontre des gens qui ont le même prénom que leurs oncles ou que leurs cousins, qui font de grandes tablées d'individus pas morts plusieurs fois l'an, des gens qui connaissent l'origine géographique de leur caste, qui y font même des pèlerinages, touchent les pierres des maisons effondrées avec (visiblement) un sentiment de fierté leur gonflant la poitrine. D'autres qui naissent, frayent et meurent dans un rayon de 20 km (comme les saumons). En Estonie, on me regarde les yeux comme on pourrait jauger mes gencives – on n'en voit rarement des aussi foncés, par ici, me dit-on. Je m'en fous, cela n'a pas d'importance – ce n'est même pas secondaire, ça n'existe pas. Ce n'est pas parce que tu es né dans une porcherie que tu es un cochon, je me le répète, et j'ai rien à me reprocher.

Chez moi, on s'intègre, on ment sur son âge pour se montrer digne d'une nouvelle nationalité, faire la guerre, montrer ses cicatrices et voter front national. Ou on peut fuir aussi, se suicider, ne pas apprendre à ses enfants une langue qu'un jour, peut-être, d'autres on leur reprocheront de connaître, cacher les preuves, les détruire. Une sorte de certitude, pas tout à fait consciemment admise, que les origines, c'est juste un truc bon pour te faire chier. Un truc pour aligner des têtes, et couper celles qui dépassent d'un sens vraisemblablement plus très « bon », aujourd'hui et ici.

lundi 19 juillet 2010

Féministe, mais

Voici un livre, encore, que j'ai ouvert pleine d'a priori. Il faut dire que son abord (j'en profite pour dire que, dans mon monde idéal, les livres n'auraient ni titre ni couverture avec des choses marquées dessus) ne m'a pas vraiment aidée à y aller avec la fleur au fusil. « Tout ce qu'il faut savoir sur le féminisme pour être ravissante et pas idiote » de façon « décalée » et sans « se prendre au sérieux » faisait, qu'au contraire, j'y suis allée franchement à reculons, les dents serrées, persuadée d'y trouver des pages roses et girly, minaudantes et couinantes de « féministes mais ». Celles qui s'excusent, baissent la tête et les yeux, justifient que vraiment, non, elles ne sont ni moches ni rétives à en avaler, des kilomètres de queue, qui disent que la séduction est un « pouvoir » et qui en « obtiennent tellement plus » en jouant les charmeuses que les énervées...vu qu'au fond, tout cela « castre » celui auquel elles tâtent affectueusement la cuisse en n'hésitant pas à remonter vers le porte-monnaie. Mais en fait non (ah, quel suspense).

Car ce livre, co-réalisé par Virginie Berthemet (graphiste), Valérie Ganne (journaliste) et Juliette Joste (éditrice) tache, pour de vrai. Tout d'abord parce qu'entre quelques pages (à mon sens) dispensables sur le « comment s'habiller dans une manif », elles dressent à gros traits cette « histoire », loin d'être écrite, des combats féministes et rappellent, par exemple, que l'avortement n'a rien d'acquis, que les violences sexuelles et conjugales sont loin d'être éradiquées de nos beaux pays civilisés, qu'une femme gagne toujours moins qu'un homme, lave toujours plus que le parterre ou se fait moins voir dans les musées. Des choses évidemment pour moi, pour beaucoup, connues, rabâchées, ouvrant même parfois d'autres questions (en quoi il y aurait « victoire » à ce qu'une femme « travaille » autant qu'un homme ? en quoi l'émancipation serait-elle axiomatiquement économique ?), mais qui, et c'est là le caractère le plus nécessaire de ce livre, sont globalement inconnues des (plus) jeunes générations.

De celles qui se baladent en mini-short et talons hauts, mais savent se défendre si on les colle d'un peu trop près, sans leur consentement, de celles qui vivent leur flamboyance sexuelle adolescente en pouvant aller tous les mois se faire remettre gratuitement la pilule du lendemain en pharmacie [N.B. : en Suède, cette pilule est même en libre-service], celles qui pensent d'abord à être « indépendantes », avec métier et logement, avant d'y caser un mari et des enfants. Celles qui, bien sûr, n'imagineraient même pas vivre sans tout cela, pour qui tout cela est tellement acquis, réel, obligatoire, car elles n'ont aucune idée d'où tout cela provient. Et à qui j'offrirai ce livre, un jour où elles ne m'énerveront pas à roser, girler, minauder et couiner...



jeudi 1 juillet 2010

Parenthèse

Quand on travaille, comme c'est mon cas, autour du sexe, et qu'on adore, comme c'est aussi mon cas, y coller des chiffres, des études et des statistiques, un son de cloche bien familier ne tarde pas à arriver à ses oreilles. Celui du combat éternel entre moyenne et individu.

Ce qui pourrait se schématiser par la proposition suivante :

« Ce n'est pas vrai que X, parce que moi, je suis Y »

Où X serait n'importe quelle moyenne statistique à connotation sexualo-genrée1 – du genre, pour les plus connues : les hommes préfèrent les jeunes et belles et les femmes les (plus) vieux et riches, les homosexuels sont des cadets et mémorisent facilement un visage, les femmes cancanent plus quand elles ovulent et ont un index plus long que l'annulaire

(etc., etc.)

et Y la personne qui, forte de son soi-même, prétend démonter l'hypothèse scientifique (souvent, dans ce cas, préfixée d'un « pseudo- »).

Alors voilà, une bonne fois pour toutes, non, une statistique ne prédit en rien une réalité individuelle, et non plus, une réalité individuelle n'entame en rien une véracité statistique.

Alors maintenant, s'il vous plaît, les individus libérés des moyennes, décollez-vous les fesses de vos fauteuils surchauffés (mesdames, attention à l'effet ventouse et à la descente d'organe), arrêtez de critiquer des études dont, le plus souvent, vous n'avez lu que deux lignes et/ou des recensions dans des supports dits « généralistes », et au lieu de gâcher votre salive ou de faire prospérer la corne qui pousse au bout de vos doigts SORTEZ-VOUS LES MAINS DU SHORT ET FAITES VOS PROPRES ÉTUDES. Outre que vous les affinerez, ces moyennes, vous verrez comme c'est rigolo, simple, et pas fastidieux du tout d'émettre une hypothèse un tant soit peu valide.


Merci.


1Oui, car ce genre de distorsion cognitive arrive plutôt dans ce domaine que d'autres. Quand quelqu'un dit « n'importe quoi le cancer du poumon, moi j'ai 78 ans, je fume 3 paquets par jour depuis l'âge de 12 ans et je suis en aussi bonne santé que l'homme qui valait 3 milliards », on le voit évidemment comme un gentil débile (mais chanceux). Au contraire, quand on entend « n'importe quoi la génétique, moi j'ai un gros vagin et je sais vachement bien lire une carte routière hihihihihihi », on se gratte le menton en se disant LA PREUVE.

mardi 8 juin 2010

Comme un seul homme

Certains refrains ne s’usent jamais et s’entonnent à plusieurs d’une voix forte et assurée, bras dessus-bras dessous, comme un seul homme.

Et depuis des mois, une chanson inaltérable répète encore et encore l’histoire d’un Tout (puissant), « au-dessus de ça », « grand artiste », un « bienfaiteur de l'humanité », assigné à résidence dans cette « prison » qu'est son chalet suisse de 1800 m². Face à Rien, quelques tristes gueuses à la recherche de leurs « trente deniers ».

Évidemment, tout ça n’a rien d’un conte, ce brouhaha incessant, ce bruit de fond, ce grésillement permanent renouvelé sans arrêt au gré des relais médiatiques. C’est une histoire « idiote », « sans importance », une accusation qui « n’a pas de sens », « absurde » et « infâme », à peine un « délit », cette affaire vieille de « trente-trois ans », « ridicule » !

Avec d’un côté, ceux qui comme un seul homme s'insurgent, font signer des pétitions et se soulèvent, prennent la plume et l’audience à témoin : c’est intolérable, ça leur « soulève le cœur » qu'on puisse ainsi s'attaquer à un des leurs, déjà traqué, diminué, diffamé. De cocktail en interview, à la une de partout, comme un seul homme, la mine offusquée et le verbe vibrant, les voilà qui se font juges, parce que c’est ainsi, ils SAVENT : cette « pure et simple opération de chantage » est « vraisemblablement » un mensonge...

Alors nous l'écoutons attentivement, cette caste des hommes entre eux, bien serrés, bien rangés, avec l’aplomb de leur rang, cette auto-proclamée élite intellectuelle au verbe haut, abasourdie d’être mise en cause contre des pas grand choses, bien dispensables. Une élite mâle qui s’arroge le droit du corps de quelques interchangeables et désobéissantes victimes qui ouvrent enfin la bouche.

Ceux pour qui elle était toujours habillée trop court, trop moulant, trop transparent, pour qui elle le voulait bien, faisait déjà femme, était une pute, ce n'était pas le premier, et ça l'arrangeait bien, qu'il prenne les devants. Trop provocatrice, trop inconsciente, trop lolita, trop menteuse, trop folle – et si ce n'est pas elle, c'est donc sa mère qui l’a laissée aller au rendez-vous. Et qui dit non consent, bien entendu... Et qui sont-elles, celles dont on parle, extirpées du silence où elles étaient rangées soigneusement après utilisation ? A cette question, comme un seul homme, il nous est répondu qu’il n’y a rien à voir, allez, les plaignantes ne sont : Rien.

Rien, à peine quelques tas de culs et de vagins anonymes et utilitaires devenus viande avariée de « mère de famille » pour l’une et « prostituée peut-être » « en mal de publicité » pour l’autre, petite chose oubliée, fille de rien, une petite voix sortie du passé et une photo trimballée sur le net, l’histoire d’une nuit dégueulasse commentée à l’infini.

Nous, nous passons des nuits blanches à nous retourner dans les échos de leurs précisions sordides « ce n'était pas un viol, c'était une relation illégale avec une mineure ». A nous demander, nous aussi, ce qui se passe là, ce qui se déroule sous nos yeux pour qu'ils puissent affirmer, sans rougir, sans transpirer, que le viol d'une adolescente de 13 ans, droguée, sodomisée, ayant dit non à dix-sept reprises, ayant porté plainte le soir même puisse être défini en ces termes légers. Cette histoire nous la connaissons depuis longtemps, et tous ces propos, ces adjectifs, nous les avons déjà entendus ou nous les entendrons. Propos banals, courants et vulgaires. Consternants. Les mêmes mots pour les mêmes histoires, encore, toujours, encore.

Nous sommes toutes des filles de rien. Ou nous l’avons été.

Nous filles de rien ne savons plus avec combien d’hommes nous avons couché.

Nous avons dit non mais pas assez fort sans doute pour être entendues.

Nous n’avons réussi à mettre des mots sur cette nuit-là qu’un an, dix ans, vingt ans plus tard mais nous n’avons jamais oublié ce que nous n’avons pas encore dit.

Nous filles de rien avons été ou serons un jour traitées de « menteuse », de « mythomane », de « prostituée », par des tribunaux d’hommes.

Nous avons été ou serons accusées de « détruire des vies de famille » quand nous mettrons en cause un homme insoupçonnable.

Nous filles de rien avons été fouillées de mains médicales, de mots et de questions, expertisées interrogées tout ça pour en conclure que nous n’étions peut-être pas des « innocentes victimes ». (Il existe donc des victimes coupables…)

Nous ne sommes rien. Mais nous sommes beaucoup à l'être ou à l’avoir été. Certaines encore emmurées vivantes dans des silences polis.

Et nous les détectons ces droits de cuissage revenus à la mode, ces amalgames défendant la révolution sexuelle, hurlant au retour du puritanisme, inventant commodément un « moralisme » « sectaire » et « haineux », faisant les gros yeux parce qu'une de ces innombrables, anonymes, utilitaires, sort de son « rang », oublie de se taire et parle de justice. Relents de féodalité drapée dans « l'honneur » des « citoyens » « de gauche », éclaireurs de la nation, artistes, intellectuels, tous d'accord, riant à gorge déployée à la bonne blague des « moi aussi Polanski m'a violé quand j'avais 16 ans » - en être, entre soi, cette connivence des puissants. A la suivante.

Nous la voyons cette frousse qu'on vienne, à eux aussi, leur demander des comptes, y regarder de plus près dans leur vie et au lit, y voir comment des viols, ces stratégies de pouvoir criminels, se font passer, sans l'ombre d'un doute, pour de la sexualité normale, joyeuse et libre, une sexualité avec sa « complexité » et ses « contradictions ». Nous l'avons vue, cette peur de l'effet « boule de neige » : et si toutes les autres, toutes ces filles de rien et de passage, toutes celles à qui il arrive, aujourd'hui, tous les jours, de se retrouver dans la situation de Samantha Greismer en 1977, si toutes ces quantités négligeables se mettaient à avoir un visage, une voix, une identité, une valeur ? Et si elle se mettaient à parler, à l'ouvrir bien grand cette bouche traditionnellement en cœur, faisant valdinguer tous leurs accords tacites, leurs secrets d'alcôve ? Que feraient-ils, ces hommes de gloire, d'exception, ces au-dessus de la mêlée, du peuple, de la masse, ces gardiens de tours d'ivoire, ces êtres si sensationnels et précieux ?

Ils se rendraient compte que tout cela n'a rien à voir avec cette « affaire politique » ou encore ce « choc des cultures » qu'ils essayent de nous vendre. Que tout cela ressemble à tous les viols de toujours où la victime n’est jamais assez victime : où on n’est jamais assez sûr qu’elle ait bien dit non.

Car ce qui se joue là c’est bien Ceux-là contre Rien, comme ils disent, tant il est entendu qu’il faut être Quelqu’Un(e) pour être entendue d’Eux.

Lola Lafon & Peggy Sastre
8 juin 2010

P.S les mots placés entre guillemets sont tous extraits de tristes discours existants.