vendredi 27 août 2010
Dont la seule place est en prison
lundi 19 juillet 2010
Féministe, mais
Voici un livre, encore, que j'ai ouvert pleine d'a priori. Il faut dire que son abord (j'en profite pour dire que, dans mon monde idéal, les livres n'auraient ni titre ni couverture avec des choses marquées dessus) ne m'a pas vraiment aidée à y aller avec la fleur au fusil. « Tout ce qu'il faut savoir sur le féminisme pour être ravissante et pas idiote » de façon « décalée » et sans « se prendre au sérieux » faisait, qu'au contraire, j'y suis allée franchement à reculons, les dents serrées, persuadée d'y trouver des pages roses et girly, minaudantes et couinantes de « féministes mais ». Celles qui s'excusent, baissent la tête et les yeux, justifient que vraiment, non, elles ne sont ni moches ni rétives à en avaler, des kilomètres de queue, qui disent que la séduction est un « pouvoir » et qui en « obtiennent tellement plus » en jouant les charmeuses que les énervées...vu qu'au fond, tout cela « castre » celui auquel elles tâtent affectueusement la cuisse en n'hésitant pas à remonter vers le porte-monnaie. Mais en fait non (ah, quel suspense). Car ce livre, co-réalisé par Virginie Berthemet (graphiste), Valérie Ganne (journaliste) et Juliette Joste (éditrice) tache, pour de vrai. Tout d'abord parce qu'entre quelques pages (à mon sens) dispensables sur le « comment s'habiller dans une manif », elles dressent à gros traits cette « histoire », loin d'être écrite, des combats féministes et rappellent, par exemple, que l'avortement n'a rien d'acquis, que les violences sexuelles et conjugales sont loin d'être éradiquées de nos beaux pays civilisés, qu'une femme gagne toujours moins qu'un homme, lave toujours plus que le parterre ou se fait moins voir dans les musées. Des choses évidemment pour moi, pour beaucoup, connues, rabâchées, ouvrant même parfois d'autres questions (en quoi il y aurait « victoire » à ce qu'une femme « travaille » autant qu'un homme ? en quoi l'émancipation serait-elle axiomatiquement économique ?), mais qui, et c'est là le caractère le plus nécessaire de ce livre, sont globalement inconnues des (plus) jeunes générations.
De celles qui se baladent en mini-short et talons hauts, mais savent se défendre si on les colle d'un peu trop près, sans leur consentement, de celles qui vivent leur flamboyance sexuelle adolescente en pouvant aller tous les mois se faire remettre gratuitement la pilule du lendemain en pharmacie [N.B. : en Suède, cette pilule est même en libre-service], celles qui pensent d'abord à être « indépendantes », avec métier et logement, avant d'y caser un mari et des enfants. Celles qui, bien sûr, n'imagineraient même pas vivre sans tout cela, pour qui tout cela est tellement acquis, réel, obligatoire, car elles n'ont aucune idée d'où tout cela provient. Et à qui j'offrirai ce livre, un jour où elles ne m'énerveront pas à roser, girler, minauder et couiner...
jeudi 1 juillet 2010
Parenthèse
Quand on travaille, comme c'est mon cas, autour du sexe, et qu'on adore, comme c'est aussi mon cas, y coller des chiffres, des études et des statistiques, un son de cloche bien familier ne tarde pas à arriver à ses oreilles. Celui du combat éternel entre moyenne et individu. Ce qui pourrait se schématiser par la proposition suivante :
« Ce n'est pas vrai que X, parce que moi, je suis Y »
Où X serait n'importe quelle moyenne statistique à connotation sexualo-genrée1 – du genre, pour les plus connues : les hommes préfèrent les jeunes et belles et les femmes les (plus) vieux et riches, les homosexuels sont des cadets et mémorisent facilement un visage, les femmes cancanent plus quand elles ovulent et ont un index plus long que l'annulaire
(etc., etc.)
et Y la personne qui, forte de son soi-même, prétend démonter l'hypothèse scientifique (souvent, dans ce cas, préfixée d'un « pseudo- »).
Alors voilà, une bonne fois pour toutes, non, une statistique ne prédit en rien une réalité individuelle, et non plus, une réalité individuelle n'entame en rien une véracité statistique.
Alors maintenant, s'il vous plaît, les individus libérés des moyennes, décollez-vous les fesses de vos fauteuils surchauffés (mesdames, attention à l'effet ventouse et à la descente d'organe), arrêtez de critiquer des études dont, le plus souvent, vous n'avez lu que deux lignes et/ou des recensions dans des supports dits « généralistes », et au lieu de gâcher votre salive ou de faire prospérer la corne qui pousse au bout de vos doigts SORTEZ-VOUS LES MAINS DU SHORT ET FAITES VOS PROPRES ÉTUDES. Outre que vous les affinerez, ces moyennes, vous verrez comme c'est rigolo, simple, et pas fastidieux du tout d'émettre une hypothèse un tant soit peu valide.
Merci.
1Oui, car ce genre de distorsion cognitive arrive plutôt dans ce domaine que d'autres. Quand quelqu'un dit « n'importe quoi le cancer du poumon, moi j'ai 78 ans, je fume 3 paquets par jour depuis l'âge de 12 ans et je suis en aussi bonne santé que l'homme qui valait 3 milliards », on le voit évidemment comme un gentil débile (mais chanceux). Au contraire, quand on entend « n'importe quoi la génétique, moi j'ai un gros vagin et je sais vachement bien lire une carte routière hihihihihihi », on se gratte le menton en se disant LA PREUVE.
dimanche 13 juin 2010
mardi 8 juin 2010
Comme un seul homme
Certains refrains ne s’usent jamais et s’entonnent à plusieurs d’une voix forte et assurée, bras dessus-bras dessous, comme un seul homme.
Et depuis des mois, une chanson inaltérable répète encore et encore l’histoire d’un Tout (puissant), « au-dessus de ça », « grand artiste », un « bienfaiteur de l'humanité », assigné à résidence dans cette « prison » qu'est son chalet suisse de 1800 m². Face à Rien, quelques tristes gueuses à la recherche de leurs « trente deniers ».
Évidemment, tout ça n’a rien d’un conte, ce brouhaha incessant, ce bruit de fond, ce grésillement permanent renouvelé sans arrêt au gré des relais médiatiques. C’est une histoire « idiote », « sans importance », une accusation qui « n’a pas de sens », « absurde » et « infâme », à peine un « délit », cette affaire vieille de « trente-trois ans », « ridicule » !
Avec d’un côté, ceux qui comme un seul homme s'insurgent, font signer des pétitions et se soulèvent, prennent la plume et l’audience à témoin : c’est intolérable, ça leur « soulève le cœur » qu'on puisse ainsi s'attaquer à un des leurs, déjà traqué, diminué, diffamé. De cocktail en interview, à la une de partout, comme un seul homme, la mine offusquée et le verbe vibrant, les voilà qui se font juges, parce que c’est ainsi, ils SAVENT : cette « pure et simple opération de chantage » est « vraisemblablement » un mensonge...
Alors nous l'écoutons attentivement, cette caste des hommes entre eux, bien serrés, bien rangés, avec l’aplomb de leur rang, cette auto-proclamée élite intellectuelle au verbe haut, abasourdie d’être mise en cause contre des pas grand choses, bien dispensables. Une élite mâle qui s’arroge le droit du corps de quelques interchangeables et désobéissantes victimes qui ouvrent enfin la bouche.
Ceux pour qui elle était toujours habillée trop court, trop moulant, trop transparent, pour qui elle le voulait bien, faisait déjà femme, était une pute, ce n'était pas le premier, et ça l'arrangeait bien, qu'il prenne les devants. Trop provocatrice, trop inconsciente, trop lolita, trop menteuse, trop folle – et si ce n'est pas elle, c'est donc sa mère qui l’a laissée aller au rendez-vous. Et qui dit non consent, bien entendu... Et qui sont-elles, celles dont on parle, extirpées du silence où elles étaient rangées soigneusement après utilisation ? A cette question, comme un seul homme, il nous est répondu qu’il n’y a rien à voir, allez, les plaignantes ne sont : Rien.
Rien, à peine quelques tas de culs et de vagins anonymes et utilitaires devenus viande avariée de « mère de famille » pour l’une et « prostituée peut-être » « en mal de publicité » pour l’autre, petite chose oubliée, fille de rien, une petite voix sortie du passé et une photo trimballée sur le net, l’histoire d’une nuit dégueulasse commentée à l’infini.
Nous, nous passons des nuits blanches à nous retourner dans les échos de leurs précisions sordides « ce n'était pas un viol, c'était une relation illégale avec une mineure ». A nous demander, nous aussi, ce qui se passe là, ce qui se déroule sous nos yeux pour qu'ils puissent affirmer, sans rougir, sans transpirer, que le viol d'une adolescente de 13 ans, droguée, sodomisée, ayant dit non à dix-sept reprises, ayant porté plainte le soir même puisse être défini en ces termes légers. Cette histoire nous la connaissons depuis longtemps, et tous ces propos, ces adjectifs, nous les avons déjà entendus ou nous les entendrons. Propos banals, courants et vulgaires. Consternants. Les mêmes mots pour les mêmes histoires, encore, toujours, encore.
Nous sommes toutes des filles de rien. Ou nous l’avons été.
Nous filles de rien ne savons plus avec combien d’hommes nous avons couché.
Nous avons dit non mais pas assez fort sans doute pour être entendues.
Nous n’avons réussi à mettre des mots sur cette nuit-là qu’un an, dix ans, vingt ans plus tard mais nous n’avons jamais oublié ce que nous n’avons pas encore dit.
Nous filles de rien avons été ou serons un jour traitées de « menteuse », de « mythomane », de « prostituée », par des tribunaux d’hommes.
Nous avons été ou serons accusées de « détruire des vies de famille » quand nous mettrons en cause un homme insoupçonnable.
Nous filles de rien avons été fouillées de mains médicales, de mots et de questions, expertisées interrogées tout ça pour en conclure que nous n’étions peut-être pas des « innocentes victimes ». (Il existe donc des victimes coupables…)
Nous ne sommes rien. Mais nous sommes beaucoup à l'être ou à l’avoir été. Certaines encore emmurées vivantes dans des silences polis.
Et nous les détectons ces droits de cuissage revenus à la mode, ces amalgames défendant la révolution sexuelle, hurlant au retour du puritanisme, inventant commodément un « moralisme » « sectaire » et « haineux », faisant les gros yeux parce qu'une de ces innombrables, anonymes, utilitaires, sort de son « rang », oublie de se taire et parle de justice. Relents de féodalité drapée dans « l'honneur » des « citoyens » « de gauche », éclaireurs de la nation, artistes, intellectuels, tous d'accord, riant à gorge déployée à la bonne blague des « moi aussi Polanski m'a violé quand j'avais 16 ans » - en être, entre soi, cette connivence des puissants. A la suivante.
Nous la voyons cette frousse qu'on vienne, à eux aussi, leur demander des comptes, y regarder de plus près dans leur vie et au lit, y voir comment des viols, ces stratégies de pouvoir criminels, se font passer, sans l'ombre d'un doute, pour de la sexualité normale, joyeuse et libre, une sexualité avec sa « complexité » et ses « contradictions ». Nous l'avons vue, cette peur de l'effet « boule de neige » : et si toutes les autres, toutes ces filles de rien et de passage, toutes celles à qui il arrive, aujourd'hui, tous les jours, de se retrouver dans la situation de Samantha Greismer en 1977, si toutes ces quantités négligeables se mettaient à avoir un visage, une voix, une identité, une valeur ? Et si elle se mettaient à parler, à l'ouvrir bien grand cette bouche traditionnellement en cœur, faisant valdinguer tous leurs accords tacites, leurs secrets d'alcôve ? Que feraient-ils, ces hommes de gloire, d'exception, ces au-dessus de la mêlée, du peuple, de la masse, ces gardiens de tours d'ivoire, ces êtres si sensationnels et précieux ?
Ils se rendraient compte que tout cela n'a rien à voir avec cette « affaire politique » ou encore ce « choc des cultures » qu'ils essayent de nous vendre. Que tout cela ressemble à tous les viols de toujours où la victime n’est jamais assez victime : où on n’est jamais assez sûr qu’elle ait bien dit non.
Car ce qui se joue là c’est bien Ceux-là contre Rien, comme ils disent, tant il est entendu qu’il faut être Quelqu’Un(e) pour être entendue d’Eux.
Lola Lafon & Peggy Sastre
8 juin 2010
P.S les mots placés entre guillemets sont tous extraits de tristes discours existants.
vendredi 28 mai 2010
Appel pour la défense du droit à l’anonymat sur Internet
Nous tenons à affirmer notre attachement à la liberté d’expression sur Internet, qui a permis à tout un chacun de participer au formidable développement de l’information et des débats sur le réseau.
Une proposition de loi , déposée par le Sénateur Masson , prévoit de remettre en cause le droit à l’anonymat des blogueurs.
Il s'agirait de leur imposer la publication de leur nom, de leur adresse mail, et semble-t-il aussi de leur adresse et de leur numéro de téléphone.
Nous considérons qu’une telle loi porterait atteinte à la liberté d’expression sur Internet.
Les blogueurs qui choisissent l’anonymat le font pour des raisons liées à leur vie professionnelle ou personnelle. Sans cet anonymat beaucoup arrêteraient de bloguer.
Nous appelons les députés et sénateurs à refuser cette proposition de loi, qui contrairement à ce que prétendent ses auteurs, n’apporterait rien en ce qui concerne la protection contre la diffamation, déjà efficacement assurée par la loi actuelle. Rappelons que la loi LCEN fait obligation aux hébergeurs de blogs de supprimer immédiatement les publications litigieuses sur simple demande, et de communiquer le cas échéant à la justice les coordonnées de l’auteur.
Il n’est donc nul besoin d’une loi supplémentaire qui aurait pour seul effet de brider la liberté d’expression des internautes.
Pierre Chappaz, Pdg Wikio
Jean-Baptiste Clot, Pdg Canalblog
Olivier Creiche, PDG d'EZ Embassy (distributeur du service TypePad)
Jean-François Julliard, secrétaire-général de Reporters sans frontières
Frédéric Montagnon, Pdg Over-blog
Tristan Nitot, Président, Mozilla Europe
Philippe Pinault, Pdg Blogspirit
Jeremie Zimmermann et Philippe Aigrain, La Quadrature du Net
A soutenir ici
vendredi 21 mai 2010
I am the media : ou quand l'Internet fait plouf
Se voulant un tour d'horizon du « narcissisme numérique », le nouveau documentaire de Benjamin Rassat ne fait qu'égrainer les clichés les plus éculés sur un Internet « vu à la télé ». En même temps, ça commençait mal. Le mail d'invitation de l'avant-première (même si le film était apparemment déjà passé à la télévision) mentionnait une « invraisemblable bataille » avec Arte et un débat « incisif » entre blogueurs, avant la projection. C'est donc impatiente de découvrir un nouvel adversaire de la censure télévisuelle et d'assister à une foire d’empoigne entre individus se comparant leur nombre de followers comme d'autres essayent de pisser toujours un peu plus loin (« Elle est froide ce matin ! » « Ouais, et profonde.») que je me suis rendue, au cinéma l'Archipel, ce 17 mai, un peu avant 19h30.
Comme on pouvait l'imaginer, l'incisif débat n'avait aucun intérêt, sauf celui d'entendre un clone (ce genre d'individus produits en série, que vous êtes à peu près sûr d'avoir déjà vu, sans être complètement certain de l'avoir réellement rencontré) raconter qu'à « 23 ans » il s'était mis « assez tard à Internet ». (Ma profonde infiltration du milieu blogosphérique – mon cul – m'a permis plus d'une semaine plus tard d'identifier le sus-dit clone en la personne d'un dénommé Cyril Paglino, aussi célèbre, m'a-t-on dit, pour sa participation à une émission de télé-réalité que pour un coït présumé avec une blogueuse « beauté » se démaquillant avec « deux » cotons).
Ensuite, le réalisateur, Benjamin Rassat, dont j'avais pourtant bien apprécié le précédent documentaire, « Quand l'Internet fait des bulles » prit la parole (même s'il ne l'avait pas non plus vraiment lâchée pendant le débat) pour se placer d’emblée sous le double patronage de Claude Lanzmann (parce que, dans Shoah, comme chez Rassat, il y a de la « mise en scène », voyez), et de Stanley Kubrick (même si, compte tenu de la citation du cinéaste, tellement apprise par cœur qu'elle paraissait récitée par le robot de la SNCF, je n'ai pas vraiment compris quel était le rapport avec la choucroute). Ah oui, bon, d'accord.
Place au film, éteignage de lumières, attention.
Le point positif de « I am the media » est qu'il est court et assez peu ennuyeux (néanmoins, à un moment, j'ai remarqué qu'il faisait très chaud). Les points négatifs ? Tout le reste. Alors que, visiblement, ce documentaire se présentait comme un tour d'horizon du « narcissisme numérique », il donne la désagréable impression d'être une collection de clichés sur un Internet « vu à la télé », conçue par une personne qui n'y connaît pas grand chose.
A la différence de « Quand l'Internet fait des bulles » dans lequel le réalisateur s'effaçait parfaitement pour donner la parole à des « experts », le personnage central de « I am the media » est...Benjamin Rassat (vous allez me dire, que c'est là le « concept au niveau du présupposé filmique d'un document sur le narcissisme »...oui, mais non), devenu, pour le bien de l'art (car Rassat, sur sa page Wikipédia, est « artiste ») vraie-fausse « figure » de l'Internet en perdition (et bronzée) sur un bateau mouillant près d'une quelconque plage exotique. Face caméra, le faux Rassat conseille au vrai quelques pistes pour son documentaire – et en pose là le « fil rouge ». On se poile, on rigole, glou-glou.
Premier problème : toutes ces « pistes » sont définies par leur géographie (Brésil/Japon/Allemagne/États-Unis etc.), et on ne voit pas trop l'intérêt, à part peut-être celui de justifier le remboursement par Arte des billets d'avion et autres émoluments touristiques de l'équipe du film (oh une remarque de mauvaise esprit).
Deuxième problème : l'approximation. Alors certes, cela fait aussi partie du « concept » du « documentaire où rien n'est vrai » de ne pas trop s'attacher aux faits, mais il aurait peut-être été judicieux de ne pas, non plus, prendre (trop) son spectateur pour un con. Ne pas présenter par exemple la vlogueuse Magibon comme japonaise, alors qu'elle est pennsylvanienne pur sucre (deux minutes de recherche Google apprennent par exemple qu'elle vient d'une « famille très traditionnelle » qui ne « comprend rien aux cultures étrangères ») - son « intérêt » venant justement du fait qu'en ne baragouinant que deux mots appris dans les mangas, Magibon a réussi à attirer toute une foule de spectateurs japonais (mais certes, une telle info ne colle pas trop avec le parti-pris « géographique » du film). Ou encore, ne pas trop appuyer la distinction « site » (bien, élitiste) et « blog » (popu, caca) en parlant d'Andrew Keen quand son url se termine par .typepad...
Mais tout cela serait encore anecdotique, et finalement tolérable, si « I am the media » ne ressemblait pas à un énorme foutage de gueule, se concentrant uniquement sur l'Internet « buzzique » et aussi « influenceur » que les quatre péquins présents avant la projection (ou que mes couilles, pour parler vulgaire). Chez Rassat, l'Internet n'est affaire que de pages vues, de vidéos, de statistiques Youtube (mais faussées, hi hi), de « personnalités » ne faisant la « une » que des magazines et autres médias de l'ancien monde (Andrew Keen-le-gros-réac-méchant-anti-Wikipédia, ou encore Loïc le Meur se demandant pourquoi, après s'être filmé en train de faire son jogging, « tout le monde le prend pour un abruti » et qui doit être à l'Internet ce que les « taz » sont à Facebook...) - et la seule personne qui y écrit (Meenakshi Madhavan), y parle de cul.
Quand les lumières se sont rallumées, j'avais pitié de Thierry Ehrmann, pour ses 40 secondes d'apparition (« qu'allait-il faire dans cette galère ?») et trouvais encore trop long le caméo sur-furtif (ayant tout de même demandé une demi-journée de tournage) d'Alexander Bard et Jan Söderqvist (pour lequel j'ai été remerciée au générique ??). Mais à quelque chose, malheur est bon, mon déplacement de couenne, ce soir-là, en IRL, aura profité à l' « art » de Benjamin Rassat : devant mon ordinateur, j'aurais quitté la salle depuis longtemps.
vendredi 14 mai 2010
Le casque d'or de Mambrino
C'est un livre que j'ai lu lentement. Un peu moins d'un mois entre les premières larmes, à la troisième page, et la fin, celle qu'on temporise, qu'on recule au maximum, en se demandant ce qu'on va faire ensuite. Parce que tout paraîtra si fade, si attendu, si connu.De Kathy Acker je ne connaissais rien, des rumeurs, un nom qui passe par-ci, par-là. Le sentiment d'être un peu forcée à la lire, et de m'y reconnaître forcément, rapport aux porteurs de rumeurs, les écoles de pensée, les pairs, les points communs, tout ça. A la troisième page donc, j'ai pleuré ; de joie et d'énervement, me donnant des gifles mentales et me demandant pourquoi j'avais tant attendu, qu'elle était la raison de l'impasse, quelle peur, pourquoi alors que ce nom revenait dans mon champ visuel et auditif si souvent je ne m'y étais pas encore plongée. Malgré l'idée toujours tenace des memento mori, du gâchis et du temps perdu, pourquoi ce retard, ce piétinement, ce tournage autour, cette poire pour la soif.
Peut-être à cause d'un peu d'esprit de contradiction, et l'appréhension aussi d'une déception, au vu de tous les termes d' « icône », de « monstre », de « chef d'œuvre », etc., les holas, le brouhaha, la clameur – trop belle pour être vraie. Mais en vrai, c'est encore mieux que ça. Don Quichotte donc, qui dans sa version de Cervantès, fait partie des œuvres obligatoires qui m'a le plus emmerdée dans ma vie scolaire (celle des cases, des fiches, du savoir utile), et m'a plus que passionnée en tant que comédie musicale, à peu près d'ailleurs au moment de la première édition du texte de Kathy Acker, en 1986.
Chez Acker, Don Quichotte est une femme et « quand elle fut enfin folle parce qu'elle s'apprêtait à se faire avorter, il lui vint l'idée la plus insensée que jamais femme eût conçue. C'est-à-dire aimer. Comment une femme peut-elle aimer ? En aimant quelqu'un d'autre qu'elle-même. Elle aimerait quelqu'un d'autre. En aimant une autre personne, elle redresserait toute espèce de torts politiques, sociaux, et individuels : elle se mettrait dans des situations si périlleuses qu'elles lui apporteraient renom et gloire. ».
Très vite, dans sa quête de l'impossible amour, avec sa Rossinante devenue un chien qui parle mais « ne comprend pas l'espagnol », Don Quichotte se rend compte « qu'aujourd'hui l'amour est une condition du narcissisme, parce qu'on nous a appris la possession ou le matérialisme plutôt que l'amour non possessif. Ces gens des temps jadis n'avaient pas de langage propre, c'est-à-dire une Haute Culture correcte. Ils étaient simplement confus, et cette confusion les portait à l'amour. Aujourd'hui nos professeurs appellent cette confusion 'poésie' (et s'efforcent de définir chaque poème pour que le langage ne recèle plus d'ambiguïtés), mais à cette époque la 'poésie', c'était la réalité. ». Elle choisit donc rapidement (à la page 39) de mourir, parce qu'elle « cesse de croire en la confiance (...) Fin du bal ».
Et le livre, « monstrueux », « chef d'œuvre », « tour de force » ne fait que commencer, sans aucun, à mon sens, passage à vide : toujours tendu, haletant, passionnant, et terriblement non résumable. Tricotant les références littéraires comme des prétextes (« étant morte, don Quichotte ne pouvait plus parler. Etant née dans un monde d'hommes, faisant partie d'un monde d'hommes, elle n'avait pas de langage propre. Il ne lui restait plus qu'à lire des textes d'hommes qui n'était pas les siens »), Kathy Acker tisse un roman puissant, où « la » femme n'est pas guerrière mais « pirate », « connasse asociale » et résistante, où « tous les bébés devraient mourir à la minute où ils ouvrent la bouche », où l' « on nous a appris, avant toute chose, que l'on devait dissimuler nos corps, surtout cette partie de notre corps. Tenus secrets. Cachés n'importe où, n'importe comment. Pour eux, les émissions des bombes nucléaires c'est moins dangereux que les nôtres. Nos langues elle-mêmes ne devraient pas fuir : par-dessus tout, nous devons être polies ou quelconques ou inexistantes. »
Féministe, oui, Don Quichotte est celle aussi qui dit « fermez vos gueules » aux femmes, celles qui « chialent », qui sont « faibles », qui « ne prennent jamais leurs responsabilités », qui « font une chose et puis, quoi que soit cette chose, la regrettent immédiatement » et n'ont « pas par conséquente de parole propre, de parole réelle ou sensée ». Un « bloc de rêves désirs » dépassant de loin la pauvre et tragique figure du chevalier fou qui l'a inspiré. Et, cerise sur le gâteau, un très bel objet, éditorialement parlant, dans une traduction parfaite. A lire, et vite !
samedi 8 mai 2010
Dimanche
vendredi 7 mai 2010
Les liens du jour
Prout : Il faut de tout pour faire un monde, en particulier sexuel. Aujourd'hui, l'homme qui fantasme sur les femmes constipées. Ø sex : L'Australie est depuis quelques semaines le premier pays au monde à reconnaître l'existence d'un individu au sexe non spécifié sur ses papiers d'identités.
Fact : Il paraîtrait que l'Hadopi serait sur le point d'envoyer ses premiers « mails » d'avertissements aux « pirates ». Pourquoi, si l'argument « le piratage tue le commerce culturel » est faux ?
J’ai peut être une haine profonde pour le genre humain dans sa masse la plus crasse, mais je reste un utopique éternel en ce qui concerne l’avenir de la pensée : J'ai découvert Soymalau lors de « l'affaire » qui l'avait opposé à Romain Libeau. Avec ce genre de post, je suis heureuse de l'avoir mis dans mes RSS.

