mercredi 30 avril 2008

Prostitution étudiante: peu de chiffres et nombre de fantasmes

Tiens ! Un article intéressant ! Et en plus qui tape sur le tape-à-l'oeil ! Youpi !
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Au commencement, il y avait… le chiffre annoncé par le syndicat SUD-Etudiant sur un de ses tracts en 2006. Le syndicat parlait alors de "40 000 étudiant-e-s condamné-e-s à la prostitution". A l'époque, ce chiffre invraisemblable n'a que très peu été repris dans les médias. Le buzz est véritablement né lorsque, fin 2007, deux livres sur la prostitution étudiante sortent coup sur coup, chez la même maison d'édition, Max Milo. Il s'agit du travail de mémoire de Master 2 de sociologie d'Eva Clouet, étudiante à la fac du Mirail de Toulouse, et du témoignage de Laura D., une étudiante qui a eu recours à la prostitution pour payer ses études. C'est là que les médias reprennent le sujet. En boucle, ou presque. Les deux auteurs enchaînent interviews et plateaux télé. Reportages et enquêtes se multiplient.

Ces deux publications présentent l'intérêt de constituer un témoignage vécu de la prostitution étudiante. Eva Clouet, dans "La Prostitution étudiante à l'heure des nouvelles technologies", se base sur des témoignages et des rencontres avec des étudiantes -et un étudiant- qui se prostituent.

Leurs motivations sont souvent les mêmes: un besoin d’argent pour payer leurs études, leurs loyers ou arrondir leurs fins de mois. La solution de la prostitution est souvent vue de manière temporaire, le temps de leurs études. Dans "Mes chères études", Laura D. raconte son expérience et la façon dont elle a gagné de "l’argent rapide mais pas facile".

"J'accompagne des hommes, au moins une fois par mois, à des repas d'affaires"

C'est souvent derrière leur écran que les étudiants trouvent leurs rendez-vous. Les sites d'annonces fourmillent d'hommes qui cherchent une "masseuse occasionnelle" ou une jeune fille pour "faire le ménage en tenue sexy". Elodie, étudiante de 22 ans, surfe sur les site d'annonces à la recherche d'un "mécène". Elle est "escort girl" mais ne se prostitue pas, elle s'est jurée de "ne rien faire d'ordre sexuel":

"J'accompagne des hommes, au moins une fois par mois, à des repas d'affaires ou des sorties culturelles. Je prends 200 euros pour quatre heures, ce qui n'est pas excessif."

Mais si Elodie s'en tient à des "soirées d'accompagnement", d'autres, via leur blog ou petites annonces, vendent leurs massages ou leurs "services". Pour une rémunération qui va de 100 à 400€ par heure.

Une réalité difficile à chiffrer

Selon le chiffre avancé par SUD étudiant, 40 000 étudiants auraient recours à la prostitution, ce qui représenterait 1 étudiant sur 57! Un chiffre invraisemblable. Selon la préfecture de police, le nombre de prostituées global en France serait compris entre 15 000 et 20 000. Parmi elles, les étudiantes représenteraient une proportion minime.

Selon François Rigal, président de l'Institut national de la prostitution, la prostitution étudiante reste un phénomène "marginal". Ce que confirme l'Office central de la répression de la traite des êtres humains (OCRETH):

"La prostitution étudiante est plutôt une activité individuelle et occasionnelle, (…) un phénomène très discret et difficilement quantifiable qui, de plus, n'est pas répréhensible."

Mais alors, d'où sort ce chiffre de 40 000 étudiants prostitués? SUD-Etudiant a depuis longtemps fait disparaître ce tract, et plus aucune mention de ce chiffre n'apparaît sur son site Internet. Le syndicat s'était en outre défendu en s'abritant derrière le rapport Dauriac de 2000, qui concernait la précarité des étudiants... mais ne contenait aucune information sur la prostitution.

Pour l'Institut national de la prostitution, le mythe de la prostitution étudiante relève plus de la "légende urbaine" que de la vérité:

"Il n’y a pas un phénomène de prostitution étudiante spécifique en France. Il y a par contre un phénomène de prostitution occasionnelle, favorisé par le web.

"Parmi ces occasionnelles, il y a évidement une part d’étudiantes, mais nous ne pensons pas que cette proportion soit supérieure à la proportion d'étudiantes dans la population."

100 000 étudiants "pauvres"

Il n'y a jamais eu d'étude sur la prostitution étudiante à l'Observatoire de la vie étudiante (OVE). Mais en réaction à l'emballement de la presse à ce sujet, l'OVE a tenu à clarifier les choses le 24 janvier 2008 dans un communiqué de presse. L'OVE déclare qu'il n'y a aucune information et aucun chiffre établi à ce jour. Les chiffres globaux sur la prostitution sont eux-mêmes "à manipuler avec précaution", reconnaît le ministère de l'Intérieur. Mais l'Observatoire de la vie étudiante rappelle:

"Une frange assez importante des étudiants (20%) vit dans des conditions délicates, au moins parce qu'ils sont amenés à travailler beaucoup, longtemps, et concurremment à leurs études, ce qui s'avère très préjudiciable à leur réussite universitaire. Les étudiants en situation de pauvreté grave et durable représentent, eux, 1,5% de l'ensemble."

Selon le rapport Dauriac de 2000, 100 000 étudiants vivent en-dessous du seuil de pauvreté, chiffre qui semble toujours d'actualité si on croit les campagnes de l'Unef contre la précarité étudiante.

Tout le buzz autour de la prostitution étudiante aura au moins eu le mérite de mettre en lumière la précarité des étudiants. A quand des mesures pour y remédier?

Marie Casabonne


Les Netocrates sur France 24

dimanche 27 avril 2008

De la création du concept



Je ne crois pas que l’évo-féminisme existe (j’ai regardé sur Google), alors je me dis que je vais l’inventer.

Ça me plaît en effet de créer des concepts (ouais, je sais, yen a comme ça qui ont eu l’idée de la « poléthique »). Ce que j’entends par évo-féminisme (ou évoféminisme d’ailleurs, pourquoi un tiret ?) est l’application de la théorie de l’évolution au féminisme. Mais une application active : en sachant ce que l’évolution a fait de nous, demandons-nous ce que nous désirons faire de notre évolution.

Et comme dirait Sarkozy, l’évolution, c’est un truc qui bouge et qui provoque des mouvements.


mardi 22 avril 2008

C'est la faute à mon cerveau...


...qui est malade.


Aujourd'hui, mon prof de yoga me dit : « Pense à une petite fille blonde très délicate, qui aurait des nœuds dans les cheveux et que tu devrais peigner avec amour, tendresse et respect ».

Immédiatement, j'ai visualisé une tondeuse électrique.



(tiens, j'inaugure aujourd'hui une catégorie et coupe moi-même mon ruban du « post qui ne sert à rien », tout en fondant une nouvelle association nommée sur le champ ADSLi – Association De Soutien à L'inutilité)


dimanche 20 avril 2008

Une prostituée réclame le droit à une activité "propre"


LE MONDE | 19.04.08 | 14h15 • Mis à jour le 19.04.08 | 14h15
PÉRIGUEUX CORRESPONDANCE

Elle ira "jusqu'en Cour européenne s'il le faut, c'est une question de principe". Nathalie Bordes, prostituée de 39 ans, mère de quatre enfants, résidant à Périgueux, a vu son Association pour le droit d'exercer la prostitution (ADEP) jugée "illicite et contraire aux bonnes moeurs" et dissoute, le 31 mars. Mme Bordes est inscrite à l'Urssaf sous l'activité de "péripatéticienne" et relève du régime fiscal des micro-entreprises aux bénéfices non commerciaux. Elle voulait que son association, déclarée en juin 2007, à laquelle ont adhéré deux autres femmes non prostituées, communique sur une prostitution "propre et transparente".

Elle a comparu le 17 mars devant le tribunal de grande instance à la demande du préfet de Dordogne. L'objet de l'association est bien "d'aider les prostitué(e)s", ont noté les juges, alors que la publicité de l'activité est interdite. Son but "n'est pas de proposer un débat d'idées sur la nécessité de rouvrir les maisons closes et de communiquer sur l'idée d'une prostitution propre, hypothèse dans laquelle les dispositions de l'article 11 de la Convention européenne des droits de l'homme trouverait, sans aucun doute possible, à s'appliquer". L'avocat de la jeune femme, qui devait faire appel, parle d'"hypocrisie".

A 17 ans, Nathalie Bordes a connu les risques de la rue, la nuit, place Dauphine, à Paris. Elle a vite choisi de recevoir ses clients chez elle. "Il s'agit de promouvoir une forme de prostitution en appartement et indépendante, plutôt que de laisser les filles sur les trottoirs, où elles se font agresser."

"La loi n'interdit pas la prostitution", critique-t-elle. Mais on a interdit le racolage actif, puis passif. En 2003, la loi a fait du racolage passif un délit. "Depuis, je ne peux plus ni apposer une mention quelconque sur ma porte, ni passer des annonces "détente relaxation" dans les hebdomadaires locaux, explique Mme Bordes. Comment les clients peuvent-ils me trouver ?"


Michel Labussière
Article paru dans l'édition du 20.04.08




mercredi 16 avril 2008

Le plus vieux métier du monde est-il un travail comme un autre ?

Aujourd’hui, l’excellent site de l’Institut National de la Prostitution reproduit un article paru sur Zenit revenant sur le « dossier » de la dépénalisation en ces temps où le gouverneur de New York, Eliot Spitzer, pris sur le fait de relations tarifées, s’est vu « contraint » à la démission, aux excuses publiques et à l’épouse un pas derrière. Sur 8500 signes, 850 sont consacrés au « pro » dépénalisation, le reste aux contres, dont 2100 à l’avis de la Sainte Eglise. Reminder : voir ce que les Témoins de Jéhovah pensent de l’euthanasie.

Bref.

Alors dans cet article, on lit des choses censées (à mon avis évidemment, vous êtes sur mon blog je vous rappelle), telles Patty Kelly, professeur d’anthropologie à l’Université George Washington pour laquelle « la prostitution fait partie de notre culture et elle devrait être dépénalisée », ou encore l’éditorialiste canadien Jeet Heer pour qui « la prostitution est un travail comme un autre et qu’il devrait être légalisé ». Dans l’article original, on apprend même que cette dépénalisation pourrait faire disparaître la « misère », économique ou axiologique, qui entoure la profession. Bah ouais, on a beau leur expliquer aux pignoles abolitionnistes, que tant que la prostitution ne sera pas un métier comme un autre, on le verra difficilement comme un métier comme un autre, CQFD, mais ça n’adhère pas à leurs circuits neuronaux, va comprendre…

Ensuite, on en vient aux joyeusetés pas vraiment rigolotes, du genre de celles de cette journaliste, Barbara Kay, n’ayant pas peur (en même temps, elle est peut-être morte de honte en relisant, j’en sais rien) d’écrire : « Les prostituées font quelque chose qui relève de l’inhumain, pour satisfaire des instincts qui, dans un monde vraiment ‘meilleur’, pourraient être canalisés dans des relations plus dignes et fécondes ». On remarquera ici l’opposition entre la relation tarifée, forcément « stérile » et l’autre « féconde » (fruitful), bonne et vieille antienne qui veut que la sexualité brute soit quelque chose de forcément dangereux et qu’il faille la canaliser un maximum avec des lois, des décrets, des bibles et des leçons de morales pour que le monde tourne rond. J’adore. Reminder : demander à Barbara ce qu’elle pense de la vente de gamètes, a priori ya pas plus fécond comme relation digne.

Ensuite, deuxième couche (la première était-elle sèche ?) : « Vendre son corps n’est pas un comportement dont on peut être fier, car la structure psychologique du genre humain veut que l’estime de soi chez la femme soit indissociable de son comportement sexuel ». AHAHAHAH, heureusement que je n’avais rien dans la bouche à ce moment-là (du genre, par exemple, un donut), car j’aurais bien pu m’étouffer (on vous le répète jamais assez : l’Internet c’est DANGEREUX). La messe est dite : l’estime de soi chez la femme est indissociablement lié à son comportement sexuel. Merci Barbara, mais la femme c’est qui chérie ? J’imagine que c’est toi, sinon, ton crédit crédibilité là, il en prendrait un sacré coup.

Cette notion d’estime de soi revient ensuite sous la plume de Roger Matthews, professeur de criminologie à la London South Bank University (‘tention là sérieux plus personne rigole ‘kay ?), venant de publier Prostitution, Politics and Policy, soit le compte-rendu de 20 années de recherche et d’étude sur le phénomène de la prostitution (‘tention, bis, la science !). Pour Roger, donc, « derrière l’apparente indépendance et autonomie [de la prostitution] se cache un grand nombre de femmes qui ont perdu toutes leurs illusions et qui finissent peu à peu par perdre l’estime de soi ». Oh qu’il est beau le scientifique qui cherche les choses vraies qui se cachent derrière les fausses (ça me fait penser à ma copine Michela Marzano tiens, pour qui « on ne pense jamais vraiment en vrai ce qu’on croit penser pour de vrai » - en substance, évidemment, dans les livres de Marzano, c’est achtement plus compliqué et argumenté rassurez-vous, tamponné CNRS tout ça bien comme il faut).

Pis après, bah, c’est l’avis de l’Eglise et JPII qui répond à BXVI, en lui disant qu’il n’est pas tant question d’ « offense à la dignité » que de « grave péché contre soi-même », euh merde c’est l’inverse mais bon : on s’en fout non ?

samedi 12 avril 2008

Pas con

Temps Réels

Guy Bono : les mesures répressives sont des mesures dictées par des industries qui n’ont pas été capables de changer leurs modèles économiques

En soutenant l’amendement Rocard-Bono, le Parlement Européen a dit non au principe de la riposte graduée, préconisée en France par le projet de loi Olivennes. Pour l’assemblée européenne, il est nécessaire de faire la distinction entre la piraterie de masse et les consommateurs qui n’agissent pas dans un but mercantile. Le rapport Bono a été adopté a une large majorité : 586 pour 36 contre.

Pour Guy Bono, membre de la commission parlementaire de la culture, " les mesures répressives sont des mesures dictées par des industries qui n’ont pas été capables de changer leurs modèles économiques face aux nécessités imposées par la société de l’information. L’enjeu central est ici de trouver un équilibre entre les possibilités d’accès aux activités et contenus culturels, la diversité culturelle et une véritable rémunération aux titulaires de droits."

Par 314 voix pour (297 contre) le Parlement européen a notamment adopté l’amendement que Guy Bono et Michel Rocard, avaient déposé en plénière - co-signé par des socialistes, des verts et des communistes de 12 Etats membres - pour se positionner contre la " riposte graduée" prônée par Nicolas Sarkozy, et qui consiste à bloquer le trafic internet des consommateurs qui se livrent au téléchargement illégal de contenus culturels.

Pour Guy Bono, " Ces mesures entrent en contradiction avec les libertés civiques ainsi qu’avec les principes de proportionnalité, d’efficacité et de dissuasion.La coupure de l’accès internet est une sanction aux effets puissants qui pourrait avoir des répercussions graves dans une société où l’accès à internet est un droit impératif pour l’inclusion sociale.

En vue de la présidence Française, le député européen prévient : " Rien ne serait pire pour l’image de la France que de chercher à étendre pendant la présidence de l’Union Européenne des mesures radicales adoptées en urgence en France et qui sont loin de faire l’unanimité. Elle deviendrait pour toutes les associations de défense des libertés le pays européen en pointe en matière d’atteinte aux droits fondamentaux sur Internet.Ce ne sont pas les 13% d’Européens qui téléchargent illégalement des contenus culturels qui menace notre culture, mais bien la concentration de notre culture entre les mains de quelques grands groupes qui mettent à mal notre diversité et par là même la richesse de notre patrimoine culturel".

Et il donne un exemple, celui du disque : aujourd’hui 95% de ce qui est diffusé provient des quatre majors du disque.

" De ce point de vue, l’autorisation de la fusion entre Sony et BMG accordée par la Commission est en contradiction totale avec la politique européenne de soutien des PME du secteur de la musique qui créent plus d’emplois que les majors et représentent 99 % des acteurs du marché ainsi que 80 % de l’innovation dans ce secteur !".

publié le 2008-04-12 14:57:37, par RM



Temps Réels
http://www.temps-reels.net

Les temps s’emmerdent

Longtemps je n’ai pas su ce qu’était l’ego. En fait, je ne suis pas très sûre, encore aujourd’hui, de savoir ce que c’est. L’idée d’une identité individuelle, plus ou moins fixe, le rempart du « ce que je suis au niveau de moi personnellement parlant », cet insécable et indivisible, comme les anciens atomes, et dont le corollaire serait une défense acharnée de ce qui fait son honneur ou sa dignité, contre des attaques déclenchant offuscations et autres réactions à grand renfort de sueur - il me faut faire un assez difficile et douloureux effort d’abstraction pour voir à quoi cela peut ressembler.

Je ne comprends toujours pas, par exemple, ce qu’est l’humiliation, je la comprends d’autant moins quand cette humiliation est censée provenir d’un extérieur à soi : untel m’a humilié, telle chose m’a humilié, Laurent Joffrin a été humilié par Nicolas Sarkozy, une pute est humiliée, mon patron m’a humiliée, mon père m’a humiliée, mes amis m’ont humilié , and so on.

Dans le temps des légendes, la presse avait comme fonction de révéler au « grand public » les informations que le Pouvoir (oui, avec une majuscule) lui cachait dans le dessein de garantir son autorité. Rappelez-vous l’affaire du collier (pour ceux qui étaient nés). Le temps des légendes a disparu, l’évolution de démocratie (et donc d’un Pouvoir reflet des désirs d’un Peuple), a entraîné un affadissement de la composante activiste de la presse : quand un Pouvoir n’est plus un Pouvoir de prescription mais de gestion, comment légitimer une information dont le but serait de renverser le Pouvoir en place ? A mesure que la politique se dissout dans nos sociétés et nos cultures, qu’elle se disperse, se difracte, bref, à mesure que nos cultures et sociétés deviennent « pluralistes », selon la formule consacrée, une des évolutions « normales » de la presse, ou tout du moins l’une des plus adaptées, fut celle de devenir un relais d’information brute, ou le moins raffiné possible – quand le pouvoir est choisi par le peuple, dans sa version majoritaire, ce peuple est désormais justifié à choisir l’information qui lui convient. « Se faire une opinion ça n’est pas suivre celle des autres », lisait-on récemment sur les panneaux publicitaires.

Et c’est là que le bât blesse. Le journalisme, en tant que vecteur identitaire, s’est vu ôter par l’époque sa raison d’être : les éveilleurs, les lumières, les « mon bon petit peuple, regarde bien où je te dis de regarder et ça va te faire du bien », les médias verticaux se sont vus couper l’herbe sous le pied par les horizontaux et les réticulaires. Je dis journalisme, je pourrais dire philosophie, expertise, cléricalisme, bref de tous ceux qui au centre de leur identité placent l’existence envisageable d’une conviction possible. L’idée qu’un changement d’avis radical est concevable, une révolution d’identité justement, de quelqu’un tu deviendras quelqu’un d’autre par la force formatrice des mes arguments et de mes idéaux, absolument supérieurs à toute cette petite vie que tu menais auparavant dans le noir, sans savoir même où allaient se trouver les murs où te cogner.

Il y en a bien qui continuent encore d’y croire à la fable, que « les gens » ont envie qu’on leur dise ce qu’il faut faire là où on leur dit de faire. C’est certainement lié à une psychobiologie particulière, de celles qui ont besoin de repères sinon ils s’essoufflent et dépriment, de celles aussi qui croient que l’action demeure l’idéal indépassable – pour que « les gens » aient envie de faire là où on leur dit de faire, cela suppose encore qu’ils aient envie de faire quelque chose... Des mêmes qui cultivent le « tous pareils », encore les mêmes qui déduisent de l’existence contingente de leur pensée sa généralisation inévitable, l’universalisation intrinsèque, sous-entendue, déjà-là. La « formation » de l’information.

J’entends Régis Debray par exemple, après avoir précisé qu’il n’aimait pas les donneurs de leçons, déclarer « nous avons besoin de nous sentir liés par quelque chose qui nous dépasse ». Oui, certes, et nous c’est qui ? Toi, ta mère ton chien ?

Cette année, personne n’a remporté les 10.000 $ du prix Pulitzer d’editorial writing, défini comme « un test d’excellence conjuguant une clarté de style, un but moral, un raisonnement pertinent et le pouvoir d’influencer l’opinion publique vers ce que l’auteur estime être la bonne direction » : sign of the times ?

jeudi 10 avril 2008

Toutes des putes

Le « cadeau nuptial » ou « nuptial gift » est un terme scientifique signifiant : sexe contre ressources et est documenté chez plusieurs espèces animales. Les pinguines (femelles des pinguins) s'accouplent plus volontiers avec des mâles leur offrant de nombreux petits cailloux avec lesquels elles vont ensuite confectionner leurs nids. Les colibries (femelles des colibris ou oiseaux de paradis) convolent plus souvent avec les mâles dont le territoire contient les fleurs les plus juteuses, et ainsi de suite. L'équipe de Daniel Kruger vient de montrer que cette attitude, chez les humains, n'est pas uniquement liée à des contextes socialement déterminés de « nécessité » mais se retrouve à peu près partout et est relativement prédictible : les hommes sont plus à même de rechercher du sexe contre de l'investissement, les femmes, elles, recherchent de l'investissement contre du sexe.


Databank number 3



Joujou

Une vidéo bien drôle