mardi 25 mars 2008

Si tout le monde faisait comme ça...

Ça m'est arrivé un jour dans les toilettes de la Bibliothèque François Mitterrand. Dans l'encoignure d'une cabine ouverte, je me sèche les mains avec le papier originellement destiné aux fesses. Une femme entre, et de cet air offusqué qui m'a fait croire un instant qu'elle m'avait surprise là, à déchiqueter à pleine dents le cadavre d'un enfant, me dit :

« si tout le monde faisait comme ça, il ne resterait plus de papier pour ceux qui souhaitent s'essuyer ce pour quoi il a été conçu »

Je ne sais pas, c'était peut-être le fait de me trouver dans ce temple du savoir dont les moquettes prennent l'eau quand il pleut, j'ai eu, la chose est assez rare pour être soulignée, la répartie facile et les mots volubiles me sont venus à la bouche :

« Madame, regardez autour de vous, les gens ne font pas tous les mêmes choses, même quand on leur en donne la possibilité. Certains s'essuient les mains avec le papier des fesses, d'autres attendent sous le souffle chaud du séchoir, d'autres encore sortent les mains mouillées, et d'autres ne se les lavent pas du tout »

La femme a fait « pff » et s'est enfermée dans sa cabine - du reste, moi, j'étais assez fière de mon petit effet, resté jusqu'à ce jour sans spectateur aucun.

Le fait est que bon nombre de morales, de législations, de structures limitant les faits et gestes de l'humanité trouvent leur justification dans ce préjugé : si tout le monde faisait pareil, et bien, ça serait [au choix] la chienlit, le chaos, la fin du monde, un bordel sans nom, n'importe quoi... A commencer par ce bon vieil impératif catégorique, de ce non moins bon vieux (et mort) Emmanuel Kant, hérité de cette bonne vieille maxime judéo-chrétienne pour laquelle l'instinct est mauvais, et la modération, bonne. (Je ne vais pas vous faire l'affront de résumer tout l'apport que représente l'approche nietzschéo-darwinienne sur ces questions de morale, car il paraît que j'écris une thèse sur ce sujet...)

Le fait est, malheureusement, que ces morales, législations et structures limitant les faits et gestes de l'humanité se trompent. 2 à 4 millions d'années d'évolution ont rendu le genre Homo diversifié, pluralisé, sans aucune normalité autre que statistique, et si on lui donne la chance d'évoluer encore un peu, Homo se diversifiera, se pluralisera toujours plus et fera éclater les normes comme les statistiques. A moins que 2 à 4 millions d'années de morale n'homogénéisent pour de bon la chose, et que tout le monde se mette à faire comme ça.



5 commentaires:

Vincent a dit…

C'est où qu'il faut poser sa fourchette, déjà ? à gauche ou à droite de l'assiette ?

je crois que je suis en train de perdre tous mes repères.

peggy a dit…

moi personnellement au niveau de ce que je suis, je change de main la fourchette et le couteau en fonction de ce que je mange

il m'arrivait aussi de mettre des tables, et de toujours me tromper sur le sens idoine

j'en ai pris des baffes, et depuis je suis traumatisée...

Georges a dit…

Je ne sais pas quoi dire…

peggy a dit…

@ Georges : rien n'est obligé !

Nebo a dit…

Elle vous draguait peut-être...