samedi 15 mars 2008

Ya pas que le cul dans la vie !

Il faudra qu’on m’explique un jour (oui, comme à un enfant de cinq ans) pourquoi la pornographie est un sujet si grave. Assez grave en tout cas pour être séparé, à part : on ne parle pas de pornographie dans la presse culturelle dite « généraliste », on ne vend pas de pornographie sur Amazon, on ne montre pas de pornographie à la télévision dite « hertzienne », etc. Parce qu’il y a des « lois », ah oui, parce qu’il y a des « mentalités » aussi, certainement… parce qu’il faut respecter les sensibilités, c’est vrai aussi, parce que, incontestablement tout le monde s’en fout, oui oui, parce qu’on ne parle pas de ça, parce que ça, depuis la nuit des temps, ça se tolère, ça ne se montre pas, voire ça n’a aucun intérêt (et les priapiques romains étaient des odes à la fertilité…).

Le 25 février dernier, j’ai eu l’insigne honneur d’être invitée par John B.Root lui-même à la projection de son dernier film, Ludivine. Pour ceux qui ne le savent pas encore, je n’étais pas née lors de cette parenthèse enchantée de 1974-1975, quand le législateur, atteint certainement d’un pet au casque fatal, autorisa les films pornographiques à coloniser les salles normales. Mais c’est un peu de ce souvenir artificiel qui fut proposé ce soir-là : sortir le porno des images, des alcôves, des cabines des sex-shops, d’internet… Regarder un film, du début à la fin, avec un scénario, des dialogues, de l’humour, de la musique...

Evidemment, Ludivine n’est pas un chef d’œuvre du 7ème art, il a été tourné en cinq jours, il n’a pas profité de subsides d’Etat ou d’autres grosses huiles, mais il possède quelque chose. Certainement cette tristesse, au fond présente dans tous les films de John B. Root (Xperiment, à mon sens, le meilleur), la tristesse de celui pour qui il n’y a rien de mal et qui encore et toujours, cependant, continue à se faire taper sur les doigts.

Cette tristesse, John B.Root l’a incarnée dans son personnage-double de réalisateur – il y a bien des écrivains qui écrivent des histoires d’écrivains qui écrivent – , Roberto Falcone (Francesco Malcom), pornographe sur le retour et dépressif. Le tournage mis en scène sera d’ailleurs le dernier : épuisé, blasé, cherchant son talent perdu (bien que personne ne l’ait vraiment vu, comme l’atteste ce délicieux passage où Ana Martin récite à peine déguisés les titres de B.Root « ZZZ, Italian Beauty, ça m’a fait trop chier, et franchement l’Expérience, j’ai arrêté au bout d’un quart d’heure tellement je ne comprenais rien »), Roberto planifie son suicide après son dernier tour de manivelle. Le pornographe récite I’vo piangendo (Je m’en vais en pleurant) de Pétrarque, face au vide quand son assistante se fait enculer et que sa perchiste (juste après avoir discuté de son DEA « formes et figures du suicide chez Emir Kusturica ») suce le producteur… mais retrouvera libido, joie de vivre et goût de l’amour grâce aux tours de magie de Ludivine, ou Lullu (« avec deux l ») un ange dépêché sur place par le « Patron ». Remake hard de « La vie est belle » de Capra, Ludivine de John B.Root, démontre à qui veut bien se donner la peine d’ouvrir les yeux, qu’un autre porno est possible.




12 commentaires:

Anonyme a dit…

Il me semble qu'on en avait parlé ensemble, mais j'ai toujours eu cette conviction que le fameux "ixage" des films pornographiques qui leur interdit l'accès aux salles traditionnelles et en les taxe cent fois plus que le cinéma traditionnel en sus, a énormément contribué à tuer dans l'oeuf les ambitions artistiques... Fautes de moyens réels et de visibilité.

Dahlia a dit…

arf j'ai oublié de mettre mon nom dans le com précédent...

peggy a dit…

Plus qu'une pensée, c'est un fait... et tant que des supports "normaux" refuseront d'en parler (parce qu'on ne se met pas à parler de porno "comme ça"), le serpent n'a pas fini de se mordre la queue...

Fouït a dit…

Euh, c'est quoi ce syndrome de persécution ?

On parle de porno dans la presse dite classique (enfin, au moins tout autant que de gore ou de n'importe quel cinéma de genre), on vend de la pornographie sur amazon (je viens de vérifier) et on diffuse abondamment de la l'érotique zur le hertzien et du porno sur les chaines consacrées (cela, sans meme évoquer la pornographie à l'oeuvre dans la pub). Et sur internet ? Il y a tout ce qui faut.

C'est pas assez ? Il est où le problème alors ?

Fouït a dit…

"j'ai toujours eu cette conviction que le fameux "ixage" des films pornographiques qui leur interdit l'accès aux salles traditionnelles et en les taxe cent fois plus que le cinéma traditionnel en sus, a énormément contribué à tuer dans l'oeuf les ambitions artistiques... Fautes de moyens réels et de visibilité."

Ca me parait une excuse faible : c'est parce que le CNC n'entretient pas les réalisateurs porno que ceux-ci perdent toute ambition artistique ?

peggy a dit…

fouït, il faudrait factualiser un peu plus vos propos, sinon, ça ne veut rien dire...
et de la pornographie dans la publicité - allez, vous n'êtes pas sérieux !!

comme vous le dites pourtant si bien, le porno est un genre, au même titre que le kung-fu, le gore, le film sentimental girly pour pouffes, etc.

nous parlons donc du film pornographique, à ne pas confondre avec du matériel pornographique - ce qui se consomme plus que tout autre chose sur Internet (voyez les statistiques de fréquentation à peu près partout)

l'objet de ma persécution est le suivant : les films pornographiques sont sous-représentés dans les médias. Point.

peggy a dit…

excuse faible, peut-être, excuse réelle certainement

quand Canal+ "finance" le porno, elle donne aux réalisateurs un peu moins de la moitié du prix que demande la réalisation d'un film lambda (pas plus d'une semaine de tournage, équipe réduite, etc.)

faites le calcul maintenant, et imaginez un B.Root financé à la hauteur du dernier Klapisch...

fouït a dit…

"il faudrait factualiser un peu plus vos propos"

En quoi mes propos sont ils moint factualisés que les votres ? Vous dites : on n'en parle pas dans la presse classique, on n'en vend pas sur amazon, et il n'y en a pas sur le hertzien.

Les deux premières propositions sont dejà fausses (excessivement noircies en tout cas), la 3ème manque de ressort dans la mesure où le hertzien se spécialise dans la merde (on pourrait parler d'une persecution des bons films, de l'intelligence and co).

En revanche, le cable ne se gène pas pour diffuser abondamment du matériel pornographique, dont des films : il y a meme une chaine qui ne fait que ça, d'autres chaines qui ont fait leur succès en programmant du film X, mais aussi une real-tv tournée dans un bordel du montana, une autre qui suit des tournages de films X ; je ne pense pas que le gore ou le kung fu bénéficient d'un aussi bon traitement. Tout cela pour ne parler que de l'acception commune du terme pornographie qui est loin de recouvrir le genre, que vous n'avez pas défini.

Je pense donc pouvoir dire que "les films pornographiques sont sous-représentés dans les médias est une affirmation fausse.

fouït a dit…

"faites le calcul maintenant, et imaginez un B.Root financé à la hauteur du dernier Klapisch"

Je suis sur que ça serait génial : tout le monde sait que le budget est directement corrélé à la qualité.

Ce que je ne comprends pas, c'est l'interet de réaliser un film porno avec un budget de film normal (pour les effets spéciaux?), et pas plutot un film classique (avec un scénario, des acteurs) avec des scènes porno.

peggy a dit…

@fouït 1 : vous avez raison, et c'est pour cela que je différenciais le matériel pornographique (des scènes de cul - point) et les films pornographiques (avec un scénario autour) - maintenant, puisque tout est question de rentabilité dans le porno (vu qu'il ne peut pas y avoir de prétention "artistique" - avec plein de guillemets - à cause du modèle économique auquel il est soumis et parce que relativement personne ne s'y intéresse - remarquez mon effort de pondération) le "porno" ira plus spontanément vers le "matériel" que vers le "film"

maintenant, je suis un peu rétive aux problématiques de genre : si vous dites par exemple "la variété c'est de la merde", vous critiquez un "genre" musical qui ne veut pas dire grand chose

quand je dis "les films pornographiques sont sous-représentés dans les médias", je ne parle pas en terme de présence du porno dans les médias (vu qu'Internet est un média, et que le porno est le n°1 d'internet, en effet, mon assertion est fausse) mais en terme de relais : pas les films mais les discours sur les films

ce que je me demande, c'est pourquoi le porno n'est pas un genre "comme un autre" - pourquoi n'en parle-t-on pas sur france culture par exemple...?

@fouït 2 : parce que, toujours dans ces logiques de genre, ça ne serait plus un "porno" - en se fondant toujours sur les acceptions communes

regardez par exemple les pauvres tentatives de Breillat - je pense à "Romance X", vu qu'une "Vraie jeune fille" n'est pas trop mal, à mon avis - et tout le foin que ça avait fait, les mille questions posées à Caroline Ducey "et ça vous a fait quoi de montrer votre chatte en vrai, c'était pas trop dur ?

maintenant, je ne vous cache pas que je préfère les "vrais" films avec des "vraies" scènes de cul dedans, plutôt que les "vrais" pornos avec de "faux" scénarios et "acteurs" dedans

demandez à B.Root, son rêve, c'est de filmer des gens qui baisent, comme on filme des gens qui mangent, pleurent, parlent, font du cheval etc.

maintenant, s'il arrive avec son scénario, avec des scènes explicites en nombre supérieure à ce que "l'acception commune" pense être un film "normal" il ne trouvera ni acteurs, ni financement, ni distribution ni relais médiatique

c'est ça une logique de secteur, de genre, qui cache bien souvent une logique économique

jean-luc a dit…

De belles scènes, j'en ai trouvées dans Tell Me You Love Me, une série américaine produite par HBO. C'est encore fragile et timide mais ça se pose les bonnes questions je trouve : distance de la caméra, non partition du corps. Encore une fois je trouve cette industrie télé bien entreprenante.Du coup, "demandez à B.Root, son rêve, c'est de filmer des gens qui baisent, comme on filme des gens qui mangent, pleurent, parlent, font du cheval etc.", j'aimerais avoir son avis sur cette série, et je me demande pourquoi il n'essaie pas dans ses films. Une question qui me semble importante aussi : le porno est il un genre? Il faudrait aussi rendre au porno ce qui lui appartient : légèreté des moyens de productions, adoption de la vidéo bien avant tout le monde...

peggy a dit…

Je ne connais pas encore la série, mais elle fait partie de ma pile "à voir"...quant à l'avis de B.Root, il faudrait le lui demander sur son blog :D

je suis d'accord avec vous pour "rendre au porno ce qui est au porno" et, toujours, contre les logiques de genre, cases bien confortables jusqu'au jour où l'on se rend compte qu'elles étaient depuis toujours trop petites...

mais une question me taraude depuis longtemps : le genre, a-t-il été créé pour faciliter le travail des marchands de culture ou correspond-il à un besoin, visiblement majoritaire chez l'humain, de "repères ?