vendredi 18 juillet 2008

Précaire

Trouve-toi un vrai travail, qu'il disait. Un vrai travail, avec le terme appuyé. Du genre avec des horaires dedans et des repères thermoformés. Parce que c'est bon pour toi, au fond, et te lever tous les jours à la même heure ne te fera pas de mal.

Aujourd'hui, il est d'usage de dire que les valeurs collectives battent de l'aile. Et cela me plaît, parce que je suis individualiste. Tu n'es rien, ta patrie est tout, et si tu pouvais aller te faire foutre, aussi, s'il te plaît, après toi. Mais j'y vois de la poudre aux yeux. Rien n'est plus respectable qu'un collectif. Pardon pour les croyants, pardon pour les nationalistes, respect pour tes salmigondis de vache à lait. Ton groupe, c'est ton âme, ton identité. Et c'est tellement bon que l'Internet se mette au social, parce qu'après tout, rien n'est plus précieux qu'un lien ! (vous trouverez des serviettes en papier en bas, à droite, au cas où les dégoulinures menaceraient votre corsage). Mais en rang, et deux par deux, avec des règles, parce que sinon tout fout le camp. Nécessité de parquer le bétail.

Oui, c'est de la connerie, de la merde en barre, du mensonge, parce que l'humain est toujours cette petite fiotte apeurée de se retrouver à chier dans ses bottes au milieu de l'océan. Seul. Du style : l'ours polaire en radeau sur son bout d'iceberg, ce pauvre con, qu'il avait l'air piteux. La grosse bosse de la courbe de Gauss, là où ça frétille.

Même si les plus grandes erreurs et les plus grands crimes ont été faits au nom d'un collectif, pas grave, qu'on recommence à la génération suivante ; dans cette naïveté si célèbre de croire qu'on va y arriver, à faire autrement. Mais c'est l'essence sociale de l'humain ! Sans les autres et sans poils, et sans griffes, c'est qu'on crève ! On continue, qu'on rame - prochaine étape : le cimetière.

Le collectif moderne, c'est l'entreprise. Pour ça qu'on y colle des valeurs à respecter et des autels sans encens. Partir en séminaire, ça ne permet pas seulement de sauter la nouvelle directrice des ressources humaines, ça permet surtout de ressentir le collectif, souder la masse, nettoyer les joints et fonder, au final, l'esprit d'entreprise. Esprit d'entreprise mon cul, valeurs d'entreprise mon cul, entreprise mon cul. Pensée du slogan et déculturation normative, esprit critique en impertinence, pauvres cons, laids et cons, à la cafétéria, le plateau en jachère.

Et les yeux mornes devant l'ascenseur, faut bien, pour bouffer. Pour bouffer, non, pour ne pas finir comme la cloche du bas, l'épouvantail en tête coupée d'ouverture de ville. Ou en crécelle, vous comprenez l'effet. Fais attention, si tu arrives à 9h15, c'est la soupe populaire qui t'attend mon gars.

Grosse merde en barre, colombin infini de névroses du similaire. Ne pas être comme les autres est une menace, indéniablement. La miette qui reste dans la chaussette, le moustique qui ne demande rien à personne mais qui termine irrémédiablement explosé entre deux paumes. Car c'est comme ça la vie : il y a l'utile, et il y a le nuisible.

Avec la liberté, comme toujours une putain de maladie que certains chopent par hasard. Qui finira peut-être dans la grande galerie des inadaptations, au côté des dinosaures. Ou pas. C'est ce que j'espère aujourd'hui.




5 commentaires:

Vincent a dit…

si je lis, c'est que j'aime ?

peggy a dit…

non, pas forcément - mais si t'aimes pas t'avais qu'à pas lire !

binnie a dit…

"Chaque fois que je vais en seminaire, je retrouve mes pensees suicidaires"

Sabrina M. - Ile de Porquerolles - Mars 2007

Merci pour ce post, j'aimerais que ce soit toi qui ai epouse Carla Bruni serieux.

peggy a dit…

binnie : <3

Vincent a dit…

merci à toi d'avoir mis mon blog dans tes liens :)
ceci dit il devrait finir comme son prédécesseur, donc n'oublie pas de faire des mises à jour ! ;)